Paysage, François Nisse, photographe philosophe

Capturer le particulier pour immortaliser l'universel

La beauté à requalifier

Le spectacle des images omniprésentes et toutes-puissantes tient comme fonction objective la présentation-reproduction intégrée de ce que le spectateur-consommateur d'un monde rapetissé à son uniformisation doit percevoir, sentir, peser, penser. Savamment publicitaires, les images dans ce rôle régulent et apprivoisent regards, perceptions et jugements en appréciations captées par l'automatisme, en représentations unifiées, préformatées et par là nécessairement totalitaires.

Le goût insatiablement ramené à ses affaires de prix, le goût monnayable médiocrement fixé à la quantité indique fatalement le délitement de nos expériences, le jugement esthétique marchandisé le rapport à l'existence le plus implacablement aliéné. Par le travail d'inversion de toute valeur d'un monde la tête en bas, le bon, le juste et le beau artificiellement séparés sont bien souvent les avatars symboliques tristes de l'inverse de leur réalité vraie – celle chaudement recueillie à l'âtre d'une relation authentiquement humaine qui ne les fait tenir solidairement qu'en une seule séquence.

Une pratique de grandissement

Le milieu de la photographie de mariage n'échappe pas aux tyrannies de la mesquinerie et de l'inversion systématiques. Non cantonné à un rôle de technicien seulement imitateur et reproducteur qui jugule un potentiel artistique souvent bradé, l'artiste est transformateur, des regards, des consciences. Il est celui qui fait voir. Il ne nous parle de beau comme les publicitaires le font qui ne témoignent réellement que des lois de l'exposition universelle de la laideur généralisée.

Le luxe est invariablement l'expression de la possession infertile, des paillettes et de toutes leurs expressions figées, celle de toutes les morbides indifférences. La beauté, par définition même, ne peut être imposée et demeure inséquestrable, elle est radicalement à l'opposé de ses significations vendues, celles des formes pétrifiées qui répondent de tout sauf d'elle-même. Reflet de ce qui construit et non de ce qui avilit notre humanité, immanence de nos terre et ciel, réponse de nos appartenances nourricières, la beauté nous traverse.

La beauté qui trouve son sens s'inscrit à l'opposé de l'imagerie des corps rigides et dressés, des âmes et des esprits absents, soumis, réifiés des images canoniques de l'anti-beauté de la mode. La beauté, indocile, trouve son socle dans la fertilité, l'énergie, l'élan, le souffle de la relation sincère sans laquelle elle est toujours pastiche de la grande confusion, vouée à rester indiscernable.

L'art revitalisé, une reconquête

La bonne ou merveilleuse nouvelle dans la grisaille programmée qui coupe de l'être et de son imaginaire est que toute pratique et tout outil peut détourner et encore dépasser ses usages réservés, socialement reçus, acclamés, valorisés de reproduction du même. L'image, la photographie, la peinture, les arts graphiques, la musique ou le cinéma peuvent alors valoir comme pratiques nécessaires de rappel à notre vitalité comme à une élégance digne de son nom, l'émerveillement, au lieu d'être les relais d'une froide publicité.

Je crois profondément que le photographe doit compléter son bagage technique par une pratique authentiquement relationnelle, réflexive et critique. Un regard, au sens fort et vivant du terme : le photographe est, sinon un romantique ou un idéaliste, du moins ou plus sérieusement un passeur, un éveilleur d'émotions, de conscience, de vie et de possibles.

Ma mission, à partir d'une relation nouée sur des bases sincères et enthousiastes, n'est pas uniquement professionnelle au sens le plus convenu et plat, elle est aussi en bonne partie – partie fondamentale – relationnelle, humaine ; relationnelle et humaine contre leur sens marketing qui exprime encore l'exact inverse, le calcul permanent, le solipsisme, l'autisme, l'affreux égoïsme.

Le dialogue en premier lieu

Concrètement, pratiquement, je ne peux être véritablement bienveillant que dans une relation choisie, et ne pourrai travailler qu'avec des couples un peu réceptifs aux valeurs de la courtoisie et de la sincérité, ouverts assez (ou du moins enclins à l'être) sur le monde, l'importance de notre rôle à y jouer. C'est parce que vous photographier me rend heureux que je ne m'engage que lorsque je sens que la vie peut passer. J'encourage tous les couples que je rencontre à choisir un photographe avec lequel le courant passe sur le plan affectif. Crucial : vous passerez beaucoup de temps avec lui le jour de votre mariage. Je ne vous remets pas seulement une collection de belles images. À travers la photo et au-delà, je vous propose une expérience, celle d'une relation élevée à l'exigence d'une communication véritablement courtoise et sincère, rehaussant par l'attention la joie en son sens, celui de l'importance de l'existence en sa beauté.

Nous pouvons discuter de tout cela, ou de tout et de rien, de photographie et de la vie, autour d'un bon café : pas de meilleure façon de faire connaissance.

La photographie qui fait sens est nécessairement une pratique totale, une façon de réapprendre à voir la rencontre humaine pour laquelle l'objectif ou l'obturateur n'est ni la fin ni tout à fait le moyen, seulement une incitation à en retrouver l'expérience.